
Ce jeudi 19 mars, l’heure était à la remise des copies et… des récompenses !
Félicitations à tous les participants !
Les lauréats 2026
Catégorie jeunes :
1er – Lilou (16 ans) : 4 fautes
2e et 3e – Elsa et Cléofée (14 ans)
Catégorie adultes :
1er – Suzanne Guern : 2 fautes
2e – Annie Coisy : 3 fautes
3e ex aequo – Marie-Josée Le Guillou et Roland Cuinat-Guerraz : 6 fautes
4e ex aequo – Roger Tuffigo et Nicole Le Roux : 8 fautes
5e – Yvon Quéro : 9 fautes
Texte de la grande dictée : Balade au bout de la nuit
Il est dix-neuf heures ce vendredi d’automne, encore une journée bien remplie. Je ferme mon cabinet, sans oublier mon havresac dans lequel s’entassent les objets de ma passion. Je m’appelle Michelle (ou Michèle) et je suis kinésithérapeute le jour mais la nuit je deviens photographe professionnelle. Enfin pas toutes les nuits, essentiellement les vendredis soir, j’ai aussi une famille !
Les nuits de pleine lune ou d’orage j’arpente les littoraux du Morbihan entre estrans et rias. J’escalade les falaises ou les rochers en ménageant mes ischiojambiers. Je m’immisce dans les feuillus. C’est la lumière, tout autant que le paysage, que j’ai toujours recherchée. Je passe des heures à choisir le bon endroit, le bon angle et à attendre une certaine luminescence. Pour obtenir des atmosphères éthérées et oniriques, j’utilise une vitesse d’obturation lente. C’est mon népenthès. Parfois, tout s’enchaîne (ou s’enchaine) merveilleusement, le trépied se positionne parfaitement comme animé de sa propre volonté. D’autres fois, cette volonté contrarie la mienne et rien ne va plus. Quand enfin, je me suis imposée momentanément, les conditions se sont complu à narguer ma patience, elles se sont ri de toute technique : au cours de mon attente, le niveau de la marée et la lumière indisciplinée de la lune m’obligent à tout recommencer. Cet astre est mon allié, mais aussi mon maître (ou maitre) : tout dépend de lui. En jouant avec les aléas météorologiques ou les clairs-obscurs, d’un même paysage, je peux créer tout un monde en mouvement. C’est l’intérêt de la pose longue.
Fin de la dictée jeunes
Ce soir d’automne, je choisis de me perdre au fil du Loch, ce cours d’eau marin qui longe tangentiellement la commune de Brech. Je dissimule ma chevelure frisée et flavescente sous un bonnet et une écharpe vert feuille. J’enfile une tenue de camouflage et des bottes kaki.
Prudente malgré tout, je progresse pas à pas dans les taillis en veillant à ne pas troubler le silence vibrionnant des bords du Loch. Je n’ai pas le temps de préparer mon affût (ou affut) qu’un bruissement soudain vient interrompre mes préparatifs. Deux globes oculaires presque fluorescents émergent de l’ombre. Nyctalope par adaptabilité, un jeune goupil m’observe. Complices dans la traque du vivant, nous ne partageons pas les mêmes buts. Plus loin, le vol d’un grand rhinolophe me surprend. Grâce à son système d’écholocalisation, il se dirige avec agilité dans cette nuit automnale où la lune gibbeuse l’éclaire à (ou a) minima. Un blaireau, de sa démarche claudicante, traverse le brouillard pellucide du sous-bois. Elle contraste avec celle du wallaby bondissant que j’eus la chance d’apercevoir en septembre dernier dans les futaies brechoises. Hélas, ce jour-là, mon déclencheur me lâcha. En mon for intérieur, j’en fus marrie.
La nuit avançant et l’asthénie venant, mon esprit s‘embrume. Je crois distinguer des belles-de-nuit chamarrées parmi les fougères mordorées. Simple illusion, vite dissipée par les clapotis du Loch : ce n’est pas la saison. La diffraction des ondes à la surface de l’eau indique que la chasse est ouverte. Malheur à l’alevin ou à l’épinoche inconscients qui croisent un brochet ou un sandre.
Après une courte pause, accoudée à une sorte d’acacia, je rassemble le matériel photographique et mes deux longues-vues. La nuit s’estompe peu à peu. Alors que la chouette hulotte hulule (ou ulule) encore, le grand duc et la chevêche s’assoupissent dans les chênes sessiles. Les agrions troublés par les bonds et les coassements des rainettes commencent à raser l’onde.
Je ne veux pas de photos ubiquitaires. Au contraire, je veux faire de ces paysages bretons éminemment connus une réalité alternative qui révèle des mondes éphémères. La pose longue, nécessaire de par la faible luminosité, permet à la photographie d’échapper au photographe. Ce sont les conditions de l’environnement qui façonnent ses qualités intrinsèques. C’est à chaque fois une expérimentation, une recherche, une quête à partager.
Fin
Népenthès : dans l’Antiquité, breuvage qui donnait la plénitude, l’oubli, se dit de quelque chose qui permet de se déconnecter du stress ambiant.
« se sont complu », « se sont ri » : le participe passé est invariable.
Flavescente : de couleur jaune.
Nyctalope : qui voit la nuit.
Grand rhinolophe : espèce de chauve-souris
Pellucide : qui laisse passer faiblement la lumière.
Grand duc : pas de tiret, avec un tiret il s’agit d’un titre de noblesse.
Ubiquitaire : qui se trouve partout, très fréquent.









